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Diamonds are the girls’ best friend… ou pas 

Un nouveau mouvement aux ramifications complexes et mondiales encourage les femmes à dédier leur vie à leurs familles et leurs enfants : les « tradwives ».

Certes, les remakes ont le vent en poupe, mais personne n’avait vu venir celui de “How to marry a millionnaire”, célébrissime comédie loufoque mettant en scène une Marylin Monroe prête à tous les stratagèmes pour se faire mettre la bague au doigt par un riche héritier –  proposé par une micro-influenceuse new-yorkaise, Megan Boni.

 

Pourtant, plus de 41 millions de vues plus tard et d’innombrables mèmes déclinant sa chanson « Looking for a Man in Finance”, le tube Tiktok s’est transformé en un véritable single, mais aussi en un remix du DJ David Guetta, sorti le 7 juin dernier. De quoi susciter l’intérêt de nombreux experts qui n’ont pas manqué de voir dans l’extraordinaire viralité de la chanson – où la jeune femme déclare “vouloir un homme dans la finance. 1m95. Héritier d’un fond… Yeux bleus” une nouvelle déclinaison de la tendance réactionnaire qui, sur les réseaux sociaux, capitalise sur l’insécurité économique persistante du “deuxième sexe” en incitant les femmes à lâcher l’affaire sur l’autonomie financière et à retrouver le confort d’une vie où les hommes s’occupent de leur financer “une chambre à soi”.

 

Mais le tube de Megan Boni n’est rien comparé à un mouvement en ligne aux ramifications complexes et mondiales, dont l’initiatrice et l’inspiratrice, Alena Kate Pettitt, une influenceuse anglaise à l’origine du blog « The Darling Academy”, ferait passer Nadine de Rotschild pour une femen : celui des « tradwives », mouvement encourageant les femmes à dédier leur vie à leurs familles et leurs enfants. Leur mot d’ordre : le féminisme était un détail de l’histoire, et les femmes seraient fort avisées de redevenir de gentilles épouses soumises à l’ensemble des desideratas de leur mari.

 

Dans des story Instagram ou Tiktok à l’esthétique ultra léchée évoquant les pires heures des pub Moulinex, ces « femmes de retour au foyer » se mettent en scène affairées dans leur logis, déclinant des recettes de cuisine, astuces ménagères et conseils de maquillage à de gigantesques communautés acquises à la cause. Largement encouragé et propulsé par l’alt-right américaine, le mouvement « tradwive » trouve sa déclinaison française la plus aboutie chez une certaine Thais D’Escufon – Anne-Thaïs du Tertre d’Escoeuffant au civil – dont le CV fait rêver : militante d’extrême droite, ex-porte-parole de Génération identitaire, la jeune femme assume de s’adresser aux incels – “ces célibataires involontaires” qui seraient, selon eux, les grands perdants de la révolution sexuelle/féministe/woke/gauchiste en cours.

 

Si Susan Falodi prophétisait dès 1991 le“backlash” (“retour de bâton”) que subirait le mouvement féministe, elle était loin d’imaginer que celui-ci viendrait de milliers de jeunes femmes s’amusant, en 2024, à mettre en scène leur parfaite petite vie de femme des années cinquante – les antidépresseurs de Betty Draper (de la série Mad men) en moins, of course…

 

Elena SCAPPATICCI

Tradwives Article Bonafidé Diamonds are girls' bestfriends

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